Depuis l’annonce initiale en février 2023 jusqu’au grand dévoilement de janvier 2026, la Formule 1 a vu naître une alliance majeure entre un constructeur historique et une écurie moderne. Red Bull et Ford ont officialisé un « long‑term strategic technical partnership » visant à développer l’unité de puissance pour la nouvelle réglementation, confirmant l’arrivée des PU Red Bull Ford en piste pour la saison 2026 et au moins jusqu’en 2030.
Cette collaboration se présente aujourd’hui publiquement sous le nom « Red Bull Ford Powertrains », marque adoptée dans les communications officielles de Red Bull, Ford et Formula1.com. L’alliance promet de faire de la F1 une plateforme d’innovation industrielle, conformément aux propos tenus lors de l’annonce et développés lors du lancement public.
Le partenariat officialisé et ses ambitions
La déclaration conjointe du 3 février 2023 a posé les bases d’une coopération technique de long terme. Ford a expliqué vouloir remettre son expertise au service de la nouvelle ère réglementaire, tandis que Red Bull assurait la continuité et l’industrialisation d’un programme PU lancé après le départ de Honda.
Jim Farley, CEO de Ford, a résumé le dessein stratégique en indiquant que le retour de Ford en F1 s’inscrit « dans la direction que prend l’entreprise, de plus en plus électrique, définie par le logiciel et tournée vers des expériences modernes ». Cette phrase, présente dans le communiqué Ford, traduit l’ambition d’utiliser la F1 comme banc d’essai pour des technologies applicables à la route.
Pour Red Bull, la collaboration signifie l’accès à l’expertise d’un OEM, un point souligné par Christian Horner qui a salué la relation passée avec Honda tout en expliquant le choix stratégique de Ford pour 2026 et au‑delà. L’objectif est clair: combiner l’agilité de Red Bull Powertrains et la capacité industrielle de Ford.
Le lancement public à Detroit et la nouvelle identité
Le 15 janvier 2026, Red Bull et Ford ont choisi Detroit pour dévoiler ensemble la nouvelle monoplace et les livrées, dans un hommage au patrimoine industriel de Ford. L’événement a servi de Season Launch et a attiré l’attention médiatique mondiale sur la marque « Red Bull Ford Powertrains ».
Max Verstappen s’est dit enthousiaste lors de la présentation, commentant la livrée « rétro, glossy » et exprimant son impatience à piloter la machine en essais. Les responsables techniques, dont Ben Hodgkinson, ont pour leur part insisté sur la confiance mais ont rappelé l’ampleur du défi technique imposé par les nouvelles règles.
Les communications officielles et les comptes rendus de Detroit ont été relayés par Formula1.com et les médias spécialisés, confirmant le branding commun et la volonté de Ford et Red Bull d’afficher une identité industrielle et sportive forte pour la période 2026‑2030.
Architecture technique 2026: innovations et contraintes
La réglementation 2026, approuvée par le World Motor Sport Council, transforme profondément l’équilibre moteur en poussant vers un schéma proche de 50% énergie ICE / 50% électrique et en supprimant le MGU‑H. Le MGU‑K voit sa puissance augmenter fortement, autour de 350 kW contre 120 kW auparavant.
Cette nouvelle architecture vise aussi une récupération d’énergie par tour beaucoup plus élevée: des estimations d’équipes évoquent un passage théorique d’environ 2 MJ à près de 9 MJ récupérés par tour, ce qui bouleverse la stratégie de courses, la calibration des batteries et la gestion des modes boost/attaque en course.
Les carburants passent à des formulations « advanced sustainable », 100% durables, et les flux carburant ainsi que d’autres contraintes sont repensés pour favoriser l’efficacité et l’attractivité industrielle. Ces changements imposent un travail intensif sur la compatibilité thermique et la fiabilité des PU sur un calendrier serré.
L’apport technique et industriel de Ford
Ford a initialement apporté son expertise sur l’électrification: cellules de batterie, moteur électrique, onduleur et logiciels de contrôle. Progressivement, son implication s’est étendue à des éléments du moteur thermique et à la fabrication additive pour répondre aux besoins complexes du programme F1.
Sur le plan matériel, Ford fournit environ 12 pièces imprimées en métal pour chaque unité de puissance , éléments comme le turbine housing, le boîtier du moteur électrique, des capots ou le collecteur d’échappement trois‑en‑un , produites par impression 3D (direct‑metal laser sintering) sur le site de Redford dans le Michigan.
Au niveau humain et outils, des ingénieurs Ford sont intégrés à Milton Keynes en rotations, avec parfois une présence d’environ quatre ingénieurs sur place, et Ford a fourni des modèles de simulation extrêmement rapides, un outil capable de simuler le groupe motopropulseur jusqu’à ~1000x la vitesse du temps réel, accélérant considérablement les itérations de design.
Organisation, partenaires et chaîne technologique
Red Bull Powertrains, créée après l’annonce du retrait de Honda, a monté une division PU depuis 2021 et compte plusieurs centaines d’ingénieurs , des chiffres publics évoquent environ 700 personnes , pour mener le projet vers 2026. L’association avec Ford vient compléter cette masse critique par des capacités industrielles et R&D accrues.
Le développement s’appuie aussi sur des outils industriels tiers: l’utilisation de plateformes comme Siemens Xcelerator a été annoncée pour accélérer le développement des PU 2026, soulignant la nature collaborative et multi‑fournisseur du projet.
La stratégie de Ford inclut des synergies cross‑motorsport et industrielles: les technologies développées en F1 doivent alimenter d’autres programmes tels que GT3, la Hypercar et même des projets d’endurance, tandis que des retombées sont attendues pour des applications routières, notamment en matière de batteries et de logiciels de contrôle.
Calendrier, concurrence et défis avant Melbourne
Les PU Red Bull Ford sont attendus en piste dès 2026, avec des roulages prévus dès les essais privés à Barcelone les 26 et 30 janvier 2026, puis les tests ouverts à Bahreïn les 11, 13 et 18, 20 février 2026. Le championnat doit s’ouvrir au Grand Prix d’Australie à Melbourne le 8 mars 2026, date butoir pour la fiabilisation.
Six manufacturiers sont officiellement inscrits pour fournir des unités de puissance en 2026: Red Bull Ford, Mercedes, Ferrari, Honda, Audi et Alpine, selon les enregistrements et rapports récents. La concurrence s’annonce intense, notamment sur la capacité à gérer masse, rendement électrique et durabilité en course.
La presse technique et les équipes signalent plusieurs points d’attention: complexité de l’architecture électrique, gestion du poids et de la batterie, calibration énergétique en conditions de course et le calendrier serré pour garantir fiabilité et performance avant l’ouverture du championnat. Ces défis techniques restent au cœur des priorités jusqu’à Melbourne.
La naissance de Red Bull Ford Powertrains marque un tournant pour la Formule 1: elle réconcilie l’expertise industrielle d’un constructeur historique et l’approche agile d’une équipe championne. L’ambition affichée est de transformer la compétition en laboratoire pour accélérer l’innovation électrique et logicielle.
Alors que les essais hivernaux et les tests à Bahreïn approchent, toutes les parties prenantes , ingénieurs, pilotes et responsables , mesurent l’ampleur du défi mais aussi l’opportunité unique. Entre promesses technologiques et pression du calendrier, l’ère Ford chez Red Bull s’annonce comme l’un des chapitres les plus scrutés de la F1 moderne.
