Le week-end des 6 Heures de Fuji 2025 restera comme un tournant inattendu du Championnat du Monde d’Endurance : Alpine renverse la hiérarchie. Sur un tracé du Fuji Speedway marqué par des neutralisations et des accrochages, la n°35 de l’écurie française a décroché une victoire surprenante et pleine de maîtrise.
Partie 9e en Hypercar et pénalisée après un contact avec la Toyota n°8 et une infraction en arrêt aux stands, l’Alpine A424 n°35 (Milesi / Habsburg / Chatin) a su profiter des éléments de course et d’une stratégie audacieuse pour s’imposer lors de la 100e course contemporaine du WEC.
Une victoire surprise, née du chaos
La victoire d’Alpine aux 6 Heures de Fuji le 28 septembre 2025 fut tout sauf évidente au départ : la n°35 n’avait pas l’air favorite, prenant le départ en 9e position sur 18 Hypercars engagées. Des pénalités initiales semblaient sceller un destin modeste pour l’équipe.
Pourtant, la course a été marquée par plusieurs neutralisations (safety car et FCY) et des incidents , notamment un contact impliquant Ferdinand Habsburg et Sébastien Buemi (Toyota n°8) et un accrochage entre Tincknell et Magnussen , qui ont redistribué les cartes.
Alpine en a tiré profit : en combinant une voiture fiable, des relais proprement gérés et l’opportunisme stratégique, la n°35 a terminé la course en tête après 202 tours, couvrant environ 971,6 km en 6:00:38.167, avec une marge de +7,682 s sur la Peugeot n°93.
La remontée et la stratégie décisive
Le moment-clé est survenu lors du dernier arrêt : Alpine a choisi de ne changer que les deux pneus du côté gauche, gagnant un temps précieux dans les stands. Ce choix stratégique a permis à Charles Milesi de prendre la tête avec environ une heure restante.
Cette tactique audacieuse n’aurait pas été possible sans une lecture fine des fenêtres d’arrêt engendrées par les neutralisations et sans une exécution parfaite de l’équipe technique. La décision de limiter le travail en pit-stop a réduit l’écart temporel face aux Porsche, Peugeot et autres prétendants.
Au fil des tours, Milesi a géré un dernier relais éprouvant : « Je n’ai pas de mots. C’est encore incroyable… Le dernier relais a été le plus long de ma vie », dira-t-il après l’arrivée, illustrant l’intensité de l’effort final.
Les hommes derrière la n°35
La réussite d’Alpine repose sur un trio solide : Paul-Loup Chatin, Ferdinand Habsburg et Charles Milesi. Ensemble au volant de l’A424 n°35, ils ont réalisé une performance collective remarquable, mêlant sang-froid et rythme soutenu.
Ferdinand Habsburg a incarné l’engagement du trio malgré des moments crispants en piste : « Cette victoire signifie beaucoup pour moi… C’est génial de gagner avec deux de vos meilleurs amis », a-t-il déclaré, soulignant l’alchimie entre pilotes.
Point notable : la n°35 était la seule Hypercar 2025 engagée sans pilote classé Platinum, ce qui rend la performance encore plus impressionnante face à des manufacturiers dotés de line-ups « all-stars ».
Podium, chiffres et contexte sportif
Le podium Hypercar reflète la densité de la catégorie : 1) Alpine n°35 (Milesi / Habsburg / Chatin), 2) Peugeot 9X8 n°93 (Mikkel Jensen / Paul di Resta / Jean‑Éric Vergne) à +7,682 s, 3) Porsche 963 n°6 (Kévin Estre / Laurens Vanthoor).
La course a couvert 202 tours, soit environ 971,6 km, et s’est conclue en 6:00:38.167. La pole position avait été réalisée par la Cadillac Hertz Team JOTA avec un temps d’hyperpole autour de 1:28.236, mais la hiérarchie des qualifications n’a pas tenu face aux aléas de la course.
Il s’agit de la première victoire de l’A424 en WEC et du premier succès d’Alpine depuis les 6 Heures de Monza 2022, marquant le troisième triomphe d’Alpine en championnat et un retour au devant de la scène pour la marque.
Incidents, neutralisations et lecture médiatique
La course a été émaillée d’incidents qui ont affecté la trajectoire de plusieurs prétendants : outre le contact Habsburg-Buemi, les accrochages impliquant Tincknell et Magnussen ont modifié certaines fenêtres stratégiques et facilité certaines remontées.
Les neutralisations (safety car et Full Course Yellows) ont permis à Alpine d’exploiter des arrêts à des moments opportuns. L’équipe a su ajuster son plan en direct, tandis que d’autres structures, favorisées sur le papier, ont été freinées par la cascade d’événements.
Les médias ont rapidement qualifié la performance de « renversement de hiérarchie » : L’Équipe et le compte rendu officiel de la FIA/WEC ont souligné que l’Alpine, partie de plus bas et pénalisée, a néanmoins battu des manufacturiers perçus comme favoris (Peugeot, Porsche, Ferrari, Toyota).
Conséquences pour le championnat et perspectives
Sur le plan du championnat, cette victoire intervient avant la finale à Bahreïn et relance les tensions : malgré le mauvais week-end de Ferrari à Fuji, la Scuderia restait en tête du classement constructeurs, et la bataille pour les titres se poursuivra sur la dernière manche.
Pour Alpine, le succès à Fuji apporte un élan psychologique majeur et des enseignements opérationnels (gestion des arrêts, lecture des neutralisations). Pour les autres manufacturiers, c’est un rappel que la performance pure n’est pas toujours suffisante face à une stratégie flexible.
Enfin, remporter la 100e course contemporaine du WEC donne une dimension historique à ce triomphe : Alpine entre dans l’annuaire des victoires marquantes du championnat, au terme d’une épreuve intense et riche en rebondissements.
La victoire de l’Alpine A424 n°35 à Fuji est donc plus qu’un simple succès : c’est une démonstration d’adaptabilité et de cohésion d’équipe, où stratégie et sang-froid ont primé sur la hiérarchie supposée. Les images de Milesi franchissant la ligne en tête resteront longtemps associées à ce « renversement de hiérarchie ».
À l’approche de Bahreïn, les équipes doivent tirer des leçons tactiques et humaines de Fuji. Alpine a montré qu’elle pouvait surprendre, et le championnat promet une ultime manche pleine d’enjeux et d’émotions.
