Le 2 et 3 décembre 2025, Denny Hamlin a pris la parole au procès antitrust tenu à Charlotte, N.C., et a livré un témoignage aussi technique que poignant. Au cœur du débat : la charte NASCAR et son impact supposé sur la viabilité économique des équipes.
Hamlin n’a pas hésité à utiliser une image forte pour expliquer sa réticence : « Je n’ai pas signé parce que je savais que c’était mon certificat de décès pour l’avenir ». Ces mots ont résonné dans une salle d’audience où Michael Jordan, co‑propriétaire de 23XI Racing, assistait au témoignage.
Le témoignage de Denny Hamlin
Hamlin a déclaré sous serment qu’il considérait la charte comme une contrainte potentiellement mortelle pour certaines équipes, expliquant son refus de signer des accords qu’il jugeait trop restrictifs. Son intervention est intervenue lors d’un procès fédéral débuté le 1er décembre 2025 et prévu pour environ deux semaines à Charlotte.
Le pilote et co‑propriétaire a expliqué sa détresse personnelle et professionnelle en évoquant non seulement les chiffres mais aussi la dimension humaine : il a fondu en larmes en parlant de son parcours et de la santé déclinante de son père, marquant visiblement l’audience.
La présence de Michael Jordan a ajouté une dimension médiatique particulière au procès ; la combinaison d’un grand nom du sport et d’un pilote de haut niveau a mis l’accent sur l’enjeu de cette procédure pour 23XI Racing et la communauté NASCAR.
Ce que signifie la charte selon Hamlin
Pour Hamlin, la charte NASCAR ressemble à un « certificat de décès » parce qu’elle figerait les droits et les contraintes d’une équipe pour l’avenir, limitant sa capacité d’adaptation en cas de difficultés économiques. Il a affirmé qu’il minimisait publiquement ses critiques par crainte de représailles de la part de la sanction sportive, comme des problèmes d’inspection ou des convocations au hauler.
Cette métaphore traduit une peur d’étouffement institutionnel : signer certains accords de chartes, selon lui, signifierait accepter des conditions qui rendraient impossible la survie financière si un sponsor quittait l’équipe ou si des aléas surgissaient.
Hamlin a aussi souligné que 11 des 19 premières organisations détentrices de chartes avaient fermé, et que les chartes qu’il a achetées pour 23XI provenaient souvent d’équipes cessées, illustrant selon lui les risques concrets du système.
Chiffres et réalités économiques
Les données évoquées pendant le procès soulignent l’ampleur des enjeux financiers : Hamlin a indiqué que le coût pour aligner une seule voiture sur une saison de 38 courses s’élève à environ 20 millions de dollars, hors frais généraux et salaire du pilote.
Les accords de charte applicables pour 2025 garantissaient environ 12,5 millions de dollars par charte et par voiture, contre environ 9 millions dans l’accord précédent , une hausse mise en avant par NASCAR mais contestée par les plaignants. Malgré cette garantie, de nombreuses équipes semblent en souffrance.
23XI Racing a déclaré avoir payé au total 46,2 millions de dollars pour ses trois chartes (ventes détaillées : ~4,7 M$, 13,5 M$, 28 M$). Le groupe a aussi investi près de 100 millions de dollars pour lancer l’équipe, et a enregistré plus de 703 000 $ en 2022 au titre de frais divers versés à NASCAR (droits d’inscription, accréditations, accès Internet, etc.).
Les allégations économiques plus larges
L’avocat des équipes, Jeffrey Kessler, a présenté des éléments alarmants, affirmant qu’une étude commandée par NASCAR montrait que 75 % des équipes avaient perdu de l’argent en 2024. Cette statistique a servi à étayer la thèse des plaignants sur l’insoutenabilité financière de nombreux acteurs.
Kessler a également allégué que près de 400 millions de dollars avaient été versés au France Family Trust sur trois ans, une donnée destinée à questionner la redistribution des revenus et la concentration des flux financiers au sommet de l’organisation.
Ces sommes, cumulées au coût opérationnel élevé et aux prix d’achat des chartes, forment selon les plaignants un ensemble d’éléments montrant que le modèle actuel favorise certaines parties au détriment de la plupart des équipes.
La défense de NASCAR et les arguments contraires
NASCAR a riposté en affirmant que le système de chartes avait créé environ 1,5 milliard de dollars d’équité pour les 36 équipes chartées, soulignant ainsi l’avantage patrimonial offert aux détenteurs de chartes. L’organisation a aussi rappelé que des opérations majeures, comme l’acquisition de l’International Speedway Corporation en 2019, avaient fait l’objet d’examens antitrust.
L’augmentation de la garantie par charte pour 2025 , présentée comme un progrès financier pour les équipes , est un point central de la défense : NASCAR soutient que les chartes stabilisent le sport et protègent les investissements à long terme.
Ces arguments structurels s’opposent directement au récit des plaignants qui dénoncent une captation excessive des revenus et des mécanismes susceptibles d’étouffer la concurrence et la diversité des équipes.
Enjeux juridiques, risques et scénarios possibles
Le procès entre 23XI Racing (co‑propriété Denny Hamlin/Michael Jordan) et Front Row Motorsports (propriétaire Bob Jenkins) contre NASCAR porte des enjeux élevés : une défaite des plaignants pourrait mettre en péril certaines équipes, par exemple via la perte de chartes détenues par NASCAR ou des ventes forcées à des tiers.
Inversement, une victoire des équipes pourrait conduire à des remèdes structurels majeurs, allant de dommages pécuniaires substantiels à la vente ou au démantèlement d’actifs, et peut‑être à une refonte du système de chartes lui‑même.
Le dossier a déjà connu des procédures rapides, injonctions et appels en 2025, avec des décisions variables sur le statut « chartered » vs « open teams » pour la saison 2025. Le juge Kenneth D. Bell a été cité dans des décisions préliminaires et la procédure comprendra médiations et audience longues.
Conséquences pour les équipes, sponsors et fans
Sur le plan opérationnel, Hamlin a insisté sur la fragilité des marges : il suffit, selon lui, qu’un sponsor parte pour que « tout le profit disparaisse ». Cet exemple concret démontre combien la dépendance aux partenariats commerciaux rend les équipes vulnérables.
Les allégations de représailles , qu’un commentaire public négatif puisse entraîner des inspections accrues ou des sanctions , ajoutent une variable de pression non financière qui, si elle s’avère vraie, affecterait la liberté d’expression des acteurs et la transparence du championnat.
Pour les fans, le débat porte aussi sur l’avenir du spectacle : la concentration des équipes et la disparition d’organisations historiques pourraient modifier la compétition, la diversité des participants et la relation entre supporters et écuries locales.
Le procès antitrust autour de la charte NASCAR dépasse le simple litige commercial : il interroge la structure du sport, la répartition des revenus et la capacité des petites et moyennes équipes à survivre dans un environnement coûteux et potentiellement verrouillé.
Alors que les audiences se poursuivent et que les aléas juridiques se multiplient, l’issue de ce procès pourrait redessiner le paysage de la NASCAR pour les années à venir, avec des conséquences économiques et humaines très concrètes pour des équipes comme 23XI Racing et Front Row Motorsports.
