Le litige entre NASCAR et deux de ses équipes , 23XI Racing et Front Row Motorsports , entre dans une nouvelle phase décisive alors que la fédération demande la tenue d’une conférence de règlement judiciaire et souhaite le remplacement ou l’appui d’un magistrat indépendant pour faciliter la médiation. Cette requête, déposée début octobre 2025, vise à accélérer ou réorienter les discussions avant le procès programmé pour le 1er décembre 2025.
Les plaignants ont rapidement opposé une résistance à cette tentative de changement de méthode, défendant la continuité du médiateur actuel, Jeffrey A. Mishkin. La controverse illustre à la fois des enjeux juridiques procéduraux et des enjeux économiques majeurs concernant le système de charters de NASCAR, qui structure l’accès aux courses et la répartition des revenus.
Contexte et historique procédural
La plainte initiale contre NASCAR a été déposée début octobre 2024 et porte sur le système de charters, équivalent d’un système de franchises garantissant une place en course et une part des revenus. En décembre 2024, une injonction préliminaire avait temporairement permis à 23XI et Front Row d’être traitées comme équipes charterées pour la saison 2025, une victoire importante pour ces équipes au départ du litige (Forbes).
Cette victoire provisoire a été annulée par une décision d’appel du 4th Circuit rendue le 5 juin 2025, remettant en cause l’injonction et relançant la bataille judiciaire. Depuis, les procédures se sont multipliées : motions en vue d’un jugement sommaire déposées par NASCAR, audiences prévues en octobre, et fixation d’un procès au 1er décembre 2025 (AP).
Sur le plan administratif, NASCAR avait déjà retiré en novembre 2024 une clause qualifiée d’« anticompetitive » pour autoriser 23XI et Front Row à courir comme équipes « open » en 2025, mesure qui avait été accueillie comme satisfaisante par les plaignants à l’époque (Motorsport).
La demande de NASCAR et ses arguments
NASCAR a formellement demandé qu’un juge indépendant organise une conférence de règlement judiciaire afin de faire avancer les négociations. L’organisation soutient qu’aucun progrès réel n’a été accompli sous l’égide de l’actuel médiateur et que l’intervention d’un magistrat pourrait faciliter un règlement rapide ou éclairer la suite procédurale (AP).
D’un point de vue juridique, NASCAR plaide que des clauses de « release » et d’exclusivité incluses dans ses accords relèvent de pratiques commerciales légitimes et ne constituent pas nécessairement un préjudice au sens du Sherman Act, argument utilisé notamment dans ses plaidoiries d’appel (Racer).
La fédération a aussi proposé des mécanismes procéduraux pour réduire l’incertitude autour de la saison en cours et des recettes télévisuelles, invoquant l’intérêt plus large de la série pour la stabilité économique et la gouvernance sportive (Washington Post, AP).
La position de 23XI Racing et Front Row Motorsports
Les deux équipes plaignantes ont déposé une réponse ferme pour s’opposer au changement de médiateur. Elles insistent pour conserver Jeffrey A. Mishkin, estimant qu’il « a investi beaucoup de temps » sur le dossier et que nommer un nouveau médiateur retarderait inutilement la résolution (plaintiffs’ filing, AP).
Les avocats des plaignants, menés par Jeffrey Kessler, se déclarent confiants dans le fond du dossier. Ils qualifient la décision d’appel de « narrow » (restreinte) et affirment vouloir, si possible, parvenir à un règlement qui crée « un système économique équitable pour la NASCAR » tout en restant ouverts à la négociation (AJC).
Michael Jordan, copropriétaire de 23XI, a réaffirmé sa détermination à aller au bout de la bataille pour, selon lui, « le mieux du sport ». Sa citation , « I look forward to going down with the fire. If I have to fight this to the end, for the betterment of the sport, I will. » , a été largement relayée dans les médias et symbolise la fermeté de l’équipe (AJC).
Le rôle de Jeffrey A. Mishkin et le débat sur le médiateur
Les plaignants ont explicitement souligné dans leur dépôt que « Mr. Mishkin has invested a great deal of time learning this case and meeting with the parties. » Cet argument vise à préserver la continuité de la médiation et à éviter une perte de temps précieuse alors que le calendrier judiciaire est serré (AP).
De son côté, NASCAR estime au contraire que le processus sous Mishkin n’a pas produit de progrès tangibles et qu’une conférence de règlement sous la supervision d’un juge pourrait recentrer les discussions. La fédération a demandé que la conférence soit dirigée par un magistrat susceptible de mieux cadrer les négociations (AP).
Le juge Kenneth D. Bell a programmé une conférence de règlement pour le 21 octobre 2025 et son ordonnance spécifie que Jeffrey Mishkin participera « with the consent of the parties », laissant ainsi ouverte la possibilité qu’il reste impliqué si toutes les parties s’accordent (Jayski).
Enjeux économiques et sportifs du système de charters
Au cœur du litige se trouve le système de charters de NASCAR : il existe 36 charters pour un plateau de 40 voitures, et un charter garantit une place en course ainsi qu’une part des revenus de la série. NASCAR affirme que ce système a généré plus de 1,5 milliard USD de valeur d’équité pour les équipes depuis 2016 (Washington Post).
La quasi-totalité des équipes (13 des 15) ont signé le nouvel accord de charter l’an dernier, les deux plaignants refusant de signer. L’enjeu n’est donc pas seulement individuel mais structurel : un changement ordonné par la justice pourrait modifier la répartition des revenus, la stabilité des équipes et la valeur marchande des charters (ESPN, AP).
Concrètement, sans statut de charter confirmé, 23XI et Front Row risquent d’être traitées comme équipes « open » : elles devront se qualifier sur la vitesse chaque semaine et percevront une part de revenus beaucoup plus faible, ce qui affecte leur modèle économique et leur compétitivité sur la saison (ESPN, Motorsport).
Calendrier judiciaire et perspectives immédiates
Le procès principal est fixé au 1er décembre 2025, mais plusieurs étapes procédurales précèdent cette date cruciale. Des audiences sur des motions, notamment des demandes de jugement sommaire présentées par NASCAR, ont été programmées en octobre (AP), avec des dates autour du 21 et du 23 octobre 2025 pour trancher divers points de procédure.
La conférence de règlement ordonnée pour le 21 octobre 2025 se présente donc comme une opportunité de régler l’affaire avant le procès, ou du moins de clarifier les positions. L’ordre du juge Bell indique que Mishkin participera si les parties consentent, ménageant une sortie procédurale pour préserver la médiation antérieure (Jayski).
Si aucun accord n’est trouvé, la procédure ira à son terme en décembre, et une décision judiciaire pourrait avoir des conséquences de grande portée sur la gouvernance économique de NASCAR, les revenus télévisés et la stabilité des équipes, comme le soulignent de nombreux médias (AP, Reuters, Washington Post, NBC, Fox).
La bataille autour du médiateur est donc plus qu’un simple détail procédural : elle conditionne la trajectoire du dossier et la possibilité d’un règlement amiable avant le procès. Les deux camps gardent des cartes juridiques et médiatiques pour défendre leurs positions et protéger leurs intérêts économiques.
Quel que soit l’issue à court terme, le litige met en lumière des questions fondamentales sur la façon dont les ligues professionnelles structurent la participation et la répartition des revenus. L’attention reste tournée vers la conférence du 21 octobre 2025 et le procès du 1er décembre, qui pourraient redéfinir durablement le paysage de la NASCAR.
