Depuis l’annonce de son retour en endurance, l’Aston Martin Valkyrie a incarné l’audace technique et sportive d’une marque prête à bousculer l’ordre établi du WEC. Issue d’un projet routier mené par Adrian Newey et transformée en LMH, la Valkyrie s’est rapidement imposée comme un sujet incontournable du plateau hypercar en 2025.
Le programme a combiné des ambitions élevées et une exécution méthodique : tests intensifs, partenariat avec Heart of Racing, motorisation Cosworth et une double présence inédite entre le WEC et l’IMSA. Tout cela a permis à la Valkyrie de franchir des étapes décisives dès ses débuts mondiaux.
Annonce, structure du programme et calendrier
L’engagement officiel d’Aston Martin dans la catégorie Hypercar a été confirmé le 14 juin 2024 avec deux entrées Valkyrie pour la saison 2025 du FIA WEC. Le constructeur a précisé que ces voitures seraient alignées en partenariat avec Heart Of Racing et prises en charge sur la piste par l’Aston Martin THOR Team.
La structure du projet repose sur l’AMR Technology Campus à Silverstone pour le développement et sur The Heart Of Racing / Aston Martin THOR Team pour l’exploitation en compétition. Ian James a endossé le rôle de team principal tandis qu’Adam Carter pilote l’effort endurance.
Le calendrier a suivi une progression logique : tests AMR Pro, Prologue au Qatar en février 2025, début de saison WEC au Qatar (28 fév-1er mars), débuts IMSA à Sebring (15 mars) puis la grande première au Mans le 15 juin 2025. Ces étapes ont servi de jalons pour mesurer l’évolution du programme.
Architecture technique, Cosworth et choix non hybride
La Valkyrie repose sur une philosophie technique singulière. Contrairement à plusieurs rivaux qui misent sur des systèmes hybrides, Aston Martin a choisi d’engager une voiture LMH dérivée d’un hypercar routier, animée par un V12 atmosphérique signé Cosworth.
Le V12 Cosworth 6,5 litres est une mécanique d’exception : en version route il développe plus de 1 000 bhp et peut monter à environ 11 100 tr/min. Pour la compétition LMH le moteur est réglementé à 500 kW, soit environ 680 bhp, démontrant l’adaptation nécessaire aux contraintes d’équilibrage de performance.
Cosworth n’a pas seulement fourni le moteur, mais aussi l’électronique de course, avec l’ECU Antares 8 et le système Centaurus 5 de distribution d’énergie. Ce retour de Cosworth comme fournisseur Le Mans pour motorisation et électronique a renforcé la crédibilité technique du programme.
Du banc d’essai aux milliers de kilomètres de mise au point
Aston Martin a mené un programme de validation massif avant la course : plus de 15 000 km accumulés lors du développement global, illustrant l’effort pour transformer un hypercar routier en voiture d’endurance compétitive.
Au Prologue officiel du WEC au Qatar, les deux Valkyries ont parcouru un total combiné de 549 tours, soit environ 1 835 miles. Ces sessions ont permis de collecter des données cruciales sur la fiabilité et l’intégration du groupe motopropulseur non hybride.
Les retours d’essais et la mise au point entre partenaires comme Multimatic, Cosworth et Aston Martin Performance Technologies ont été essentiels pour préparer la voiture à la dure réalité de courses de 6 à 24 heures.
Débuts mondiaux en WEC : Qatar 1812 km et enseignements
La Valkyrie a effectué sa première apparition mondiale en WEC lors de l’épreuve Qatar 1812 km (28 février, 1er mars 2025). La #009 de l’Aston Martin THOR Team a bouclé 295 tours et terminé 17e, un résultat qui masquait l’importance de l’expérience acquise.
Après l’épreuve, Harry Tincknell a résumé l’état d’esprit du team en déclarant « Nous avons appris énormément ». Ian James a souligné que l’équipe atteignait ses objectifs de développement de manière régulière, confirmant la trajectoire ascendante du programme.
Le weekend qatari a surtout servi de laboratoire à grande échelle : résolution de problèmes, intégration des systèmes Cosworth et premières évaluations des stratégies d’endurance avec un V12 non hybride.
Percée en IMSA et confirmations au Mans
Peu après son entrée en WEC, la Valkyrie a franchi l’Atlantique pour débuts en IMSA à la classique des 12 Heures de Sebring (15 mars 2025). La voiture a terminé 9e au général dans le peloton GTP/Hypercar, devenant le premier LMH dérivé d’un modèle routier à scorer des points en IMSA.
Le point culminant de la saison fut la participation à la 93e édition des 24 Heures du Mans le 15 juin 2025. Les deux Aston Martin THOR Team Valkyries ont terminé la course : la #009 (Riberas/Sørensen/De Angelis) classée 12e avec 383 tours et la #007 (Tincknell/Gamble/Gunn) 14e avec 381 tours. Ces arrivées à l’arrivée constituent un jalon majeur pour un programme jeune.
Marco Sørensen qualifia la performance à Fuji comme « extrêmement encourageante », reflet d’une progression tangible qui s’est traduite ensuite par des qualifications en Hyperpole et des résultats de plus en plus solides.
Progression en piste et résultats marquants
Au fil de la saison 2025 la Valkyrie a affiché une évolution nette de son rythme. De la top-10 à Sebring au fait de rouler sur le tour de tête à Spa et Imola, la progression a été constante et structurée.
Un moment clé de la mi-saison a été la performance aux qualifications, avec une place en Hyperpole (troisième) fin septembre 2025 et un meilleur résultat en course, une 5e place aux 6 Heures de Fuji. Ces résultats ont permis d’engranger les premiers points WEC Hypercar, y compris des points constructeur après Le Mans.
La capacité de l’équipe à convertir les données d’essais en gains de performance a confirmé que le choix technique , un V12 non hybride dérivé de la route , pouvait tenir tête aux architectures plus conventionnelles des rivaux.
Impact sur la dynamique du WEC et réactions médiatiques
L’arrivée d’Aston Martin avec la Valkyrie a été perçue comme un vrai coup de tonnerre dans les médias, notamment en France où L’Équipe a suivi de près l’engagement et les ambitions autour du retour au Mans. La présence d’une voiture si proche de la version route a relancé le débat sur la diversité technologique en Hypercar.
Sportivement, la Valkyrie a bousculé les attentes : non seulement par son design poussé par Adrian Newey, mais aussi par sa capacité à finir Le Mans et à marquer des points en IMSA, une première pour une LMH dérivée d’une voiture de route.
Sur le plan industriel, le projet a mis en lumière l’importance des partenariats , Multimatic, Cosworth et Aston Martin Performance Technologies , et l’efficacité d’un pilotage de programme centralisé depuis Silverstone.
La trajectoire 2025 de l’Aston Martin Valkyrie montre que l’audace technique, alliée à une préparation rigoureuse, peut produire des résultats rapides en endurance. Dériver un hypercar routier pour la course n’était pas seulement une démonstration de savoir-faire, mais une stratégie compétitive qui a déjà rapporté des points et de la crédibilité.
Si la saison 2025 a été une année d’apprentissage, les accomplissements , arrivées à l’arrivée du Mans, points en IMSA, Hyperpole et top-5 en course , laissent entrevoir une suite ambitieuse. La Valkyrie a d’ores et déjà bousculé le WEC et posé les bases d’une rivalité renouvelée dans l’ère Hypercar.
