Le 15 juin 2025, la Ferrari 499P n°83 d’AF Corse, confiée à Robert Kubica, Yifei Ye et Phil Hanson, a remporté la 93e édition des 24 Heures du Mans. Face à une opposition pléthorique en Hypercar, l’équipage a su conjuguer vitesse, constance et sang-froid pour écrire une page majeure de l’histoire mancelle.
La victoire s’est jouée au terme d’un final haletant: après 387 tours, la n°83 s’impose avec 14,084 secondes d’avance sur la Porsche n°6. Moins de 30 secondes séparent les quatre premiers, dans une arrivée d’une rare intensité qui consacre autant la performance que la résilience.
Un triomphe historique pour Ferrari
Avec ce succès, Ferrari signe un triplé d’exception au palmarès récent: trois victoires consécutives au Mans en 2023, 2024 et 2025. Il s’agit également de la 12e victoire de la marque dans la Sarthe, un jalon qui renforce l’aura de Maranello dans l’épreuve reine de l’endurance.
La hiérarchie finale a montré la force du collectif rouge: si la 499P n°83 s’impose, la n°51 prend la troisième place et la n°50 la quatrième. Seule la Porsche n°6 est parvenue à s’intercaler dans le trio Ferrari à deux heures de l’arrivée, empêchant un triplé absolu sur le podium.
Au-delà du résultat brut, c’est la manière qui frappe: gestion millimétrée, stratégie pneus sans faille et un rythme implacable ont permis à la n°83 de maîtriser une concurrence pourtant redoutable jusqu’au drapeau à damier.
La course en chiffres
387 tours couverts par la Ferrari 499P n°83: une démonstration d’endurance pure, convertie en victoire par 14,084 secondes d’avance sur la Porsche n°6. Le top 4 tient en moins de 30 secondes, confirmant l’ultra-densité de l’Hypercar 2025.
Sur le plan populaire, l’épreuve a battu son record d’affluence avec 332 000 spectateurs. Un rendez-vous porté par un cérémonial de départ prestigieux: le signal a été donné par Roger Federer, icône planétaire du tennis, ajoutant encore à la dimension événementielle de cette 93e édition.
Derrière les chiffres, une réalité sportive: une course restée indécise jusque dans ses dernières heures, rythmée par les neutralisations, les fenêtres de ravitaillement et la lecture fine de la piste, autant de facteurs qui ont tendu les écarts sans jamais les rompre.
Le marathon de Kubica et le pari des Mediums
Le tournant s’est joué dans la dernière phase: le « marathon stint » de Robert Kubica a fait basculer la course du côté de la n°83. Son relais étiré, propre et constant a consolidé l’avance décisive au moment clé, malgré la pression constante de la Porsche n°6.
AF Corse a misé sur une stratégie claire: rouler exclusivement en Michelin Medium. Ce choix, assumé du départ à l’arrivée, a maximisé les triples relais, optimisant à la fois le rythme et la fenêtre de dégradation tout au long des 24 heures.
Yifei Ye et Phil Hanson ont parfaitement relayé ce plan, enchaînant des séquences propres, sans excès mais avec une moyenne au tour d’une remarquable stabilité. C’est la somme de ces détails , pneus, relais, trafic , qui a bâti l’avance finale.
AF Corse, l’esprit client qui renoue avec la gloire
La n°83 devient la première équipe cliente à s’imposer au général au Mans depuis 2005. Dans une ère dominée par les armadas d’usine, AF Corse rappelle que l’excellence d’un « customer team » peut encore triompher au plus haut niveau, avec méthode et audace.
Cette victoire a aussi un parfum de rédemption. Après la désillusion de 2024, où une victoire semblait à portée avant de s’échapper, l’équipage autour de Kubica et Ye a trouvé en 2025 la concrétisation attendue. Pour Ferrari, elle scelle la 12e couronne sarthoise.
La suite est déjà en marche: le 27 janvier 2026, AF Corse confirme un trio inchangé sur la Ferrari n°83 pour la saison WEC 2026. Continuité, confiance et capitalisation sur un collectif gagnant: la feuille de route est claire.
Les héros du volant: Kubica, Ye et Hanson
Robert Kubica devient le premier vainqueur polonais de l’histoire des 24 Heures du Mans. Yifei Ye inscrit lui aussi une première historique pour la Chine, symbole de l’ouverture mondiale de l’épreuve et de l’ascension des talents venus d’Asie.
Phil Hanson rejoint la longue lignée britannique en devenant le 35e vainqueur du Royaume-Uni au général. À eux trois, ils composent un équipage cosmopolite, équilibré, alliant expérience, vitesse et une gestion exemplaire des moments clés.
Leur victoire ne repose pas sur un seul éclat, mais sur une addition de relais propres, une lecture du trafic soignée et une absence d’erreurs majeures. L’art de gagner Le Mans, dans sa forme la plus pure.
Porsche, de l’ombre à la lumière
La Porsche n°6 (Estre/Vanthoor/Campbell) a signé une remontada magistrale: partie dernière en Hypercar, elle termine 2e, à 14,084 secondes seulement. Une performance de fond qui a animé la nuit et relancé totalement l’issue dans les deux dernières heures.
À l’approche du final, la n°6 s’intercale au cœur du trio de tête et prive Ferrari d’un triplé historique. C’est aussi le premier podium 2025 de Porsche Penske Motorsport, gage d’un rebond compétitif et d’une dynamique relancée pour la suite de la saison.
Cette prestation valide la profondeur du plateau et la capacité de la 963 à revenir de loin, malgré une concurrence Ferrari globalement dominante sur la durée.
Les autres catégories: LMGT3 et LMP2 en ébullition
En LMGT3, Manthey 1st Phorm impose la Porsche n°92 (Lietz/Hardwick/Pera) et signe un deuxième succès consécutif au Mans. Une exécution clinique, à l’image d’un trio soudé et d’un stand impeccable dans les fenêtres de neutralisation.
En LMP2, l’Inter Europol Competition n°43 (Smiechowski/Dillmann/Yelloly) triomphe au terme d’une fin de course mouvementée. La régularité et la gestion du trafic y ont fait la différence, dans une classe où les marges sont traditionnellement infimes.
Ces deux victoires de catégorie confirment l’esprit du Mans: des batailles multiples, un suspense étagé et des histoires fortes jusque dans les dernières minutes.
Le Mans 2025, une édition fondatrice
Le scénario 2025 consacre la maturité de l’ère Hypercar: fiabilité en hausse, écarts resserrés, stratégies audacieuses. La densité du plateau a offert un spectacle total, jusqu’à ce que la Ferrari 499P n°83 scelle le sort d’une course pourtant ouverte.
Le record d’affluence et le départ donné par Roger Federer soulignent l’attractivité grandissante de l’épreuve, au croisement du sport, de la culture populaire et de l’innovation technologique.
À l’heure des bilans, cette édition illustre une endurance moderne où chaque détail compte: la gestion des pneus, la précision des arrêts, la fraîcheur mentale. Autant d’éléments qui ont permis à AF Corse de dominer sans écraser, et à Porsche de menacer sans renoncer.
Dans la lumière tombante de la ligne droite des stands, la Ferrari 499P n°83 a cueilli une victoire à la fois logique et héroïque. Logique, parce que la performance a été constante; héroïque, parce que la pression n’a jamais faibli, jusqu’au dernier tour.
Le Mans 2025 restera comme l’édition des écarts infimes et des symboles forts: premières historiques pour Kubica et Ye, 12e triomphe Ferrari, retour en grâce d’une équipe cliente. Et la promesse, déjà, d’un nouveau chapitre en 2026 avec un trio reconduit pour défendre sa couronne.
