La 28e édition du Rallye Monte‑Carlo Historique s’est tenue du 29 janvier au 7 février 2026 dans un climat d’attente et d’enthousiasme. Dès l’annonce du nouveau format, l’Automobile Club de Monaco (ACM) a qualifié 2026 de tournant historique de l’épreuve, promettant des modifications profondes tout en préservant l’esprit populaire qui fait la force de la manifestation.
Les convois sont partis de six villes‑départ , John O’Groats, Bad Homburg, Barcelone, Monaco, Reims et Turin , pour converger vers Valence (Champ de Mars) où s’est tenue la concentration avant le départ des régularités. Cette édition restera dans les mémoires pour ses choix sportifs audacieux, ses conditions météo contrastées et une montée du Col de Turini qui a littéralement renversé le classement final.
Un tournant organisationnel et un nouveau format
L’ACM a présenté l’édition 2026 comme un « tournant historique » : le format a été profondément remanié pour rapprocher l’Historique des standards d’une épreuve de haut niveau tout en conservant sa dimension populaire. Christophe Allgeyer, directeur de course, s’est déclaré satisfait d’une édition « pleine de nouvelles fonctionnalités » mais a rappelé qu’il fallait toujours attendre le drapeau à damier pour statuer.
Parmi les changements, l’introduction d’épreuves de régularité sur routes fermées a marqué une étape majeure : ces secteurs ont demandé un renforcement des règles de sécurité et une coordination étroite avec les autorités locales. Les organisateurs ont veillé à ce que l’âme du rallye , rencontres, parc fermé, départs en convoi , soit préservée malgré la montée en exigence sportive.
Le nouveau format a été salué par une large partie des concurrents et des observateurs, qui ont noté que les innovations rendaient l’épreuve plus compétitive et plus sûre, à la façon d’un événement calqué sur les standards WRC. Le mélange de tradition et de modernité a constitué l’axe fort de la communication de l’ACM tout au long de la semaine.
Nouveautés sportives et technicité des véhicules
La fenêtre d’admissibilité des voitures a été élargie pour 2026 : sont désormais éligibles les modèles ayant pris part au Monte‑Carlo entre 1911 et 1986, offrant une palette mécanique exceptionnelle et un spectacle renouvelé. Cette extension a permis à des voitures plus récentes de côtoyer des ancêtres du rallye, enrichissant la diversité des plateaux.
Le parcours comportait 18 épreuves de régularité réparties sur plusieurs étapes et legs, avec des boucles répétées et des sections inédites répertoriées dans le road‑book officiel. Les exemples annoncés comprenaient SR1, SR4 (Col Gaudissart, Bouvante), SR2, SR5 (Léoncel, Oriol‑en‑Royans) et SR3, SR6 (Col de Tourniol, Barbières), qui ont mis à l’épreuve navigation et précision des équipages.
Ces épreuves sur routes fermées ont requis une approche stratégique différente : navigation millimétrée, gestion des pneus et adaptation aux conditions météorologiques changeantes. Le niveau sportif s’en est trouvé relevé, sans pour autant effacer l’aspect patrimonial que recherchent les collectionneurs et passionnés.
Sécurité renforcée et gestion des spectateurs
La mise en place des sections fermées a été accompagnée de mesures de sécurité contraignantes mais claires : le port de casques homologués C.E. pour pilote et copilote était obligatoire lors des spéciales sur routes fermées. Ces règles ont été perçues comme nécessaires pour encadrer la nouvelle intensité sportive de l’épreuve.
Pour la protection du public, l’organisation a installé des zones publiques balisées , reconnaissables aux « filets verts » , et rappelé l’interdiction stricte de se tenir derrière la bande rouge. Ces dispositifs visuels, complétés par des équipes de sécurité, ont renforcé la maîtrise des flux et la prévention des risques le long des spéciales.
La combinaison de routes fermées, d’une signalétique claire et d’une stricte réglementation a contribué à rapprocher l’organisation d’un modèle professionnel tout en permettant au public de profiter d’un spectacle mieux contrôlé et plus sécurisé.
Parcours, étapes et conditions climatiques
Les départs scindés en six points ont donné au rallye une dimension européenne forte : notamment le retour officiel de Barcelone comme point de départ le 1er février 2026, souligné par la mairie et le RACC, avec 28 équipes parties de la cité catalane. Les convois se sont ensuite retrouvés au parc de concentration à Valence (Champ de Mars) avant l’engagement sur les spéciales chronométrées.
Le road‑book a proposé des parcours exigeants, incluant des passages alpins et des cols techniques. La SR18 a toutefois été raccourcie en raison de mauvaises conditions dans les Alpes‑Maritimes, un rappel que la météo peut toujours contrarier les plans même sur un calendrier très préparé.
Plusieurs journées ont été marquées par la neige, le verglas et la pluie, conditions qui ont influencé choix de pneus et stratégie des équipages. Ces éléments météorologiques ont accru l’incertitude et le spectacle, poussant les équipes à adapter constamment leur pilotage et leur navigation.
La bataille pour la victoire et la « Night of Turini »
La montée nocturne du Col de Turini , annoncée dès l’avant‑course par le route manager Jérémy Joffre qui déclarait « The Rally will be decided at Turini, of course! » , a effectivement renversé le classement et décidé l’épreuve. SR17/Col de Turini s’est avérée décisive pour l’attribution du podium final.
Les vainqueurs, Luis Climent Asensio et Carles Jimenez Valls sur BMW 323i (1981), se sont imposés après une « Night of Turini » de haute intensité. L’équipage a totalisé 436 points de pénalité au final, suffisants pour décrocher la victoire après avoir été deuxième en 2025. À chaud, Luis Climent (59 ans) a confié au micro de l’ACM : « We are over the sky! »
Les leaders provisoires Ilya Kashin et Boris Kostyrko (VW Scirocco n°102) ont reculé dans la dernière partie et terminent dixièmes avec 978 points, illustrant à quel point une spéciale peut bouleverser des heures de bons résultats. Le classement officiel publié par l’ACM consigne ces retournements et confirme l’importance stratégique des ultimes secteurs.
Engagés, invités et retombées locales
Après les vérifications administratives et techniques, 244 équipages ont été autorisés à prendre le départ depuis la concentration ; 204 concurrents ont été officiellement classés à l’arrivée. Le parc de concentration a été le théâtre d’une animation soutenue avant l’engagement des voitures sur les routes de régularité.
La liste des inscrits comprenait d’anciennes figures et invités de marque : Bruno Saby, d’anciens pilotes F1/Indy comme Takuma Sato, et des personnalités médiatiques telles que Jean‑Luc Reichmann, présent au Port Hercule. Des étapes locales (par exemple Langres) ont organisé contrôles horaires et animations, avec environ 130 véhicules prévus en halte locale à la fin du 1er février.
La médiatisation a été importante : l’ACM a assuré plusieurs diffusions live (YouTube, Facebook) durant la semaine, et un Parc Fermé retransmis depuis Monaco le vendredi soir a précédé la « Night of Turini ». Les autorités locales et les médias régionaux ont largement couvert l’événement, mettant en valeur les retombées touristiques et l’intérêt patrimonial du rallye.
En conclusion, le Rallye Monte‑Carlo Historique 2026 a marqué une étape importante dans l’histoire de l’épreuve en mariant innovations sportives et respect du patrimoine automobile. L’élargissement des dates d’admissibilité, l’introduction de routes fermées et des mesures de sécurité renforcées ont permis d’élever le niveau tout en conservant la convivialité propre au Monte‑Carlo Historique.
La victoire de Luis Climent et Carles Jimenez Valls, décidée lors de la fameuse montée du Col de Turini, restera un moment fort de cette édition. L’accueil favorable des concurrents, des spectateurs et des autorités locales laisse augurer que les choix opérés en 2026 serviront de base pour les éditions futures, entre tradition et modernité.
