Sports-Auto.fr NASCAR NASCAR : la contre-plainte rejetée dans l’affaire antitrust 23XI, Front Row

NASCAR : la contre-plainte rejetée dans l’affaire antitrust 23XI, Front Row


Affaire complexe et très médiatisée du sport automobile, le dossier opposant NASCAR à 23XI Racing et Front Row Motorsports continue de rebattre les cartes du championnat. L’affaire, souvent désignée sous le terme « NASCAR antitrust« , combine des enjeux commerciaux, juridiques et sportifs qui dépassent le simple cadre des courses.

Fin octobre 2025, une étape clé a été franchie : le juge fédéral Kenneth D. Bell a rejeté la contre‑plainte de NASCAR contre 23XI, Front Row et Curtis Polk. Ce rejet en jugement sommaire relance les débats sur la portée du droit de la concurrence appliqué au monde des charters et des accords commerciaux propres à la NASCAR.

Contexte et origine du litige

Le conflit remonte à septembre 2024, lorsque NASCAR a présenté un nouvel accord de charter que plusieurs équipes, dont 23XI Racing (co‑propriété de Michael Jordan et Denny Hamlin) et Front Row Motorsports, ont refusé de signer. En octobre 2024, ces équipes ont déposé une plainte antitrust alléguant que les nouvelles conditions léseraient leur compétitivité et leurs revenus garantis.

Les charters sont au cœur du modèle économique de la Cup Series : ils garantissent un statut, des revenus et une sécurité pour les équipes. La contestation portée par 23XI et Front Row visait notamment une redistribution des revenus plus équitable, appuyée par des documents internes et des chiffres économiques montrant que la majorité des équipes chartered ne faisaient pas de bénéfices en 2024.

Ce dossier a aussi mis en lumière les tensions entre la ligue et ses équipes propriétaires, en particulier sur la gouvernance contractuelle et la définition des marchés pertinents dans l’industrie du stock‑car. Les enjeux dépassent la simple rémunération : il s’agit de la structure même du championnat et de la stabilité financière à long terme des équipes.

La décision du juge Bell fin octobre 2025

Le 29 octobre 2025, le juge Kenneth D. Bell a rendu une ordonnance de jugement sommaire rejetant la contre‑plainte de NASCAR. Selon la décision, les éléments produits par NASCAR n’établissent ni une restriction déraisonnable du commerce, ni l’existence d’un « antitrust injury » , condition indispensable pour une violation au titre du Sherman Act.

Le juge Bell a inscrit dans son texte une observation limpide : « Even assuming that the joint negotiations NASCAR challenges caused it economic harm, that does not equate to a harm to competition. Rather, NASCAR getting more or less in contract negotiations is simply that, a hit to its bottom line, not ‘competition.' » Cette distinction entre perte économique individuelle et atteinte à la concurrence est au cœur du rejet.

La décision ne met pas fin au procès principal mais elle amoindrit la portée des allégations réciproques avant l’audience prévue. Plusieurs motions sommaires restent en suspens, et le tribunal doit encore trancher d’autres points procéduraux et substantiels qui pourront influer sur la tenue ou la portée du procès.

Réactions des parties après l’ordonnance

NASCAR a réagi publiquement en indiquant qu’elle « respecte la décision du tribunal, bien qu’elle ne partage pas nécessairement son raisonnement juridique » et qu’elle envisageait de faire appel si une résolution n’était pas trouvée. L’organisation laisse donc ouverte la voie d’un recours, ce qui pourrait prolonger la bataille judiciaire.

De leur côté, 23XI Racing et Front Row, via leur avocat Jeffrey Kessler, se sont félicités de la décision. M. Kessler a déclaré être « thankful for Judge Bell’s thoughtful consideration of the facts and the law » et a souligné que le jugement réaffirme la quête des équipes pour « un sport plus juste et équitable ».

Les positions restent polarisées : d’un côté, NASCAR défend sa prérogative à négocier et à structurer les contrats de la série ; de l’autre, les plaignants continuent d’affirmer que des pratiques contractuelles discriminatoires et un partage inégal des revenus mettent en péril la viabilité de nombreuses équipes.

Les arguments et les preuves avancés par les parties

La contre‑plainte déposée par NASCAR en mars 2025 alléguait que 23XI, Front Row et Curtis Polk « embarked on a strategy to threaten, coerce, and extort NASCAR », évoquant des menaces de boycott et des démarches auprès de partenaires médias. NASCAR soutenait que ces actions visaient à faire pression pour obtenir des concessions contractuelles.

Les équipes ont répondu en qualifiant la contre‑plainte d' »act of desperation », demandant son rejet au motif que NASCAR ne démontrait pas l’existence d’un accord ou d’une concertation restreignant le commerce. Elles ont également produit des preuves économiques, notamment l’affirmation citée dans les documents que « 75% of chartered racing teams lost money in 2024 », pour justifier leur demande d’un meilleur partage des revenus.

Parmi les pièces citées figurait un document interne surnommé « Gold Codes » montrant que NASCAR avait évalué des scénarios extrêmes, y compris la possibilité de créer ses propres voitures ou équipes pour pallier une perturbation. Ce document contenait des estimations de coûts et des calculs opérationnels pour exploiter jusqu’à 36 voitures, alimentant les débats sur les intentions et les options stratégiques de la ligue.

Conséquences pratiques pour 23XI et Front Row

La procédure judiciaire a déjà eu des effets concrets : en juin 2025, la cour d’appel du quatrième circuit a annulé une injonction préliminaire qui avait temporairement reconnu 23XI et Front Row comme équipes « chartered ». Cette décision a remis en question leur statut garanti et les revenus qui en découlaient.

Sans le statut de charter, ces équipes sont contraintes de concourir comme « open » teams, c’est‑à‑dire de se qualifier course par course. Cette situation expose 23XI et Front Row à une plus grande incertitude sportive et financière, avec la perte potentielle de recettes garanties liées au système des charters.

Au‑delà du cas particulier, la remise en cause des charters pose une interrogation plus vaste sur la viabilité économique des petites et moyennes structures en NASCAR, et sur l’équilibre entre sécurité contractuelle et compétitivité sportive.

Ce qui reste à trancher avant le procès de décembre 2025

Le rejet de la contre‑plainte n’achève pas l’affaire. Le juge Bell doit encore statuer sur d’autres motions de jugement sommaire, dont la demande de 23XI/FRM visant à définir le « marché » pertinent du stock‑car et diverses motions opposées par NASCAR. Ces décisions préliminaires pourraient remodeler les contours juridiques du procès.

Le procès civil antitrust intenté par 23XI et Front Row contre NASCAR demeure programmé pour le 1er décembre 2025. Selon l’ordonnance et le calendrier judiciaire, cette audience sera déterminante pour établir s’il y a eu ou non violation du Sherman Act et quelles réparations, le cas échéant, seraient appropriées.

Enfin, la perspective d’un appel de NASCAR à la suite du rejet de sa contre‑plainte montre que la bataille pourrait se prolonger au‑delà du siège du tribunal de district. Les enjeux financiers et structurels pour la NASCAR Cup Series signifient que cette affaire restera suivie de près par les médias, les partenaires commerciaux et les fans.

La décision de fin octobre 2025 marque une étape importante mais non définitive dans un conflit aux ramifications sportives et économiques. Elle illustre la difficulté pour un juge de distinguer un préjudice commercial direct d’une atteinte à la concurrence selon les normes du droit antitrust.

À l’approche du procès de décembre, l’attention sera portée sur les éléments restants du dossier, sur d’éventuelles solutions négociées et sur l’impact de ce litige sur l’avenir du modèle des charters et de la compétition en NASCAR.